Par Guillaume Hennenfent et I.L
Une exception exceptionnelle
Tout a commencé en 2004 quand Eric Pringels, Martin Carrese et Antonin Doussot ont déposé le nom de domaine Marseille 2013, en misant sur la candidature de Marseille comme Capitale Européenne de la Culture en 2013. Ces trois là voulaient mettre en avant les artistes marseillais. On connait la suite : la candidature de Marseille a été sélectionnée... et retenue. Face au refus de Marseille Provence 2013 d' intégrer le projet Marseille 2013 dans la programmation officielle, Martin Carrese et consorts ont décidé en 2009 de créer un festival Off, le Off de Marseille 2013.
Aujourd’hui, le trio est devenu un collectif d’une vingtaine de personnes regroupées au sein de l’association M2K13 qui organise le Off, une première dans l’histoire des capitales européennes de la culture. Leur objectif : rééquilibrer l’événement entre les grosses manifestations portées par le “In” dont ils s’estiment complémentaires, et celles plus modestes qui existent et doivent être visibles.
Pour cela, l’équipe a lancé sur son site un appel à projets aux artistes locaux qui regroupe désormais une cinquantaine de propositions. Et pour leur donner vie, le collectif met les artistes en relation avec le site français kisskissbanbank.com, partenaire financier, pour organiser une levée de fonds. Ainsi, le projet “Phocéa rocks”, un festival pour faire découvrir la scène rock marseillaise en pleine ébullition, vient de boucler son budget et embrasera le quartier du cours Julien en 2013.
Voir le programme officiel du Off
Un Off en pleine lumière
Le Off de Marseille 2013, un festival qui veut exister « tout contre » l'évènement officiel Marseille Provence 2013, comme aime à le rappeler Eric pringels, l'un des trois fondateur du Off de Marseille,
Avec la volonté de mettre l'artiste au cœur du territoire, la programmation se décline en quatre axes qui évoquent les particularités d'une ville faite de paradoxes :
Poubelle la Ville (Marseille est laide, Marseille est belle)
Merguez Capitale (Marseille cosmopolite, Marseille est un village)
kalashnikov (Marseille est inégalitaire, Marseille est solidaire)
Mytho City (Marseille se transforme, Marseille se la raconte)
Tout démarrera le 11 janvier 2013 par un Banquet de Platon autour de plats grecs et d'éloges déclamés à l'envie (et selon l'inspiration du moment) par les parrains du festival ( Imothep, l'architecte du mucem Rudy Riccioti, le photo reporter Serge Assier, l'écrivain marseillais Philippe Carrese, etc).
En février le Out of MP 2013 (lancé à l'initiative de Sam Khebizi du comptoir de la Victorine) invite le Off de Marseille 2013 pour un premier débat sur les politiques culturelles.
En mars La Belle Sue Ellen, opérette tragi-comique pluridisciplinaire et multi-média investira la ville en même temps que l'on pourra découvrir les lieux labellisés par le Off.
En Avril Le Festival du film Chiant envahira les écrans du cinéma Les Variétés, tandis qu'en mai pas moins de quatre performances artistiques s'empareront de l'espace public.
En juin Kino Fada sera l'occasion de découvrir des films réalisés avec quatre bouts de ficelle selon le célèbre adage des fondateurs : « faire bien avec rien, faire mieux avec peu, mais le faire maintenant ».
Le Frioul aura son festival puridisciplinaire : le festival Pho.
De juin à septembre Phocea Rock mobilisera la scène rock indépendante de Marseille de la rue Consolat jusqu'à Marsatac 2013 en passant par Sud Side.
Le Camping ouvrira également ses portes en plein centre de Marseille. Un lieu conçu pour être un lieu d'échange culturel et artistique.
De septembre à Octobre Design Show présentera les œuvres de designers locaux.
En novembre Marseille Poubelle Moderne (MPM) distribuera des sacs poubelles rouges estampillés marseille 2013 à des artistes pour créer des œuvres « recyclables » qui seront exposées dans le quartier du Panier.
Et en Décembre le Off de marseille 2013 se terminera avec la deuxième édition de la Trocade.
Un événement pour acheter des œuvres contemporaines grâce au troc. La première édition avait déjà connu un grand succès en novembre 2011.
Un événement sans moyens financiers
De l'aveu même de Stéphane Sarpaux, chargé de communication au collectif, « le Off de Marseille 2013 peut compter sur un budget compris entre zéro et quatre-vingt-dix millions d'euros ». Une trait d'humour pour signifier que l’association M2K13 qui porte le projet n'a jusqu'à ce jour aucun moyen financier hormis beaucoup de bonne volonté et quelques dons. Ceci à comparer aux quatre-vingt-dix millions de budget de Marseille Provence 2013.
Et Martin Carrese de déplorer le fait « de ne pas avoir réussi à mettre en place un dialogue productif avec le In ».
Cela n'empêche pourtant pas Marseille Provence 2013, sinon de se rapprocher, du moins de regarder d'un œil bienveillant le Off de Marseille 2013. Pour preuve, la présence de Jean-François Chougnet (directeur de Marseille Capitale européenne de la Culture) à leur conférence de presse. Celui-ci souligne que le In « n'a pas de prétention monopolistique et aucune vocation à traiter de tout. Marseille Provence 2013 est dans une logique de développement culturel du territoire et de diffusion du patrimoine. C'est bien que le off mette l'artiste au cœur du projet et de voir que la société civile s'organise. On peut parler de complémentarité des deux projets. Le Off ne peut exister que s'il est indépendant. Chacun doit faire son boulot. »
Marseille est une ville de paradoxe... et de complémentarité. La capitale européenne 2013 de la culture n'y échappera pas.
Ça commence en 2012...
“Pour nous, 2013 a déjà commencé, explique Stéphane Sarpaux. Pour fédérer autour de notre projet, nous avons décidé d’organiser cette année, chaque mois un événement sur Marseille, les soirées festives “Fokonsvoi” à chaque fois dans un endroit différent”.
Ils viennent même d'organiser leur premier speed dating ! Objectif : permettre la rencontre entre des porteurs de projets et les entreprises afin de déclencher des dynamiques qui permettront aux uns et aux autres de profiter au maximum de 2013.
Déjà, l’an dernier, un match de foot sur les plages du Prado avec l’architecte Rudy Ricciotti en arbitre, et le salon “Trocade” où l’on pouvait s’offrir une oeuvre d’art contre un troc, avaient créé l’événement.
“Nous avons envie de mettre en avant ce qui nous attache à cette ville de paradoxes. Cosmopolite mais esprit villageois, urbaine mais verte, portuaire mais tournée vers l’intérieur, ville morte la nuit mais prochaine capitale européenne de la culture…” précise le collectif qui, ne manquant pas d’humour, travaille à la mise en place en 2013 d’une monnaie, “Le Gaston”, pour payer les événements du Off !