Nature Study, Louise Bourgeois, 2005
Par Guillaume Faivre
Du samedi 2 juillet au lundi 31 octobre, découvrez au domaine départemental du château d’Avignon «Si loin, si proche...Bêtes et hommes au château d'Avignon ». Pour l’occasion, de nombreuses oeuvres seront exposées. Zoom sur certaines d'entre elles.
Agnès Barruol, chargée de Mission Patrimoine au Conseil Général des Bouches-du-Rhône, raconte : « Le thème de l’animal est venu comme une évidence. Avant, on trouvait ici un domaine agricole avec des troupeaux très importants : 9000 têtes de bétail et 400 taureaux autour du terrain. A la fin du XIXème siècle, le château a aussi été aménagé en résidence de chasse par son propriétaire. C'est pourquoi, on y trouve de nombreux tableaux qui ont un rapport avec cette pratique. » Pour la petite histoire, elle rappelle que dans le jardin, on peut trouver le tombeau du chien du dernier propriétaire du lieu. Selon Raphael Abrille, conservateur au Musée de la chasse et de la nature (partenaire de l'exposition), le château d’Avignon est un lieu merveilleusement préservé qui parvient à intégrer avec brio l’art contemporain dans un univers complet : « Ce site fait partie des endroits permettant de réfléchir autrement. » Il affirme d'ailleurs qu’à l’heure actuelle, le thème de l’animal est très fortement présent dans le travail des artistes de notre temps.
Matthieu Nourry, un étudiant de 18 ans qui travaille pour tout le mois de juillet au château et qui est donc en permanence au contact des visiteurs, commente que l’œuvre qui retient particulièrement l'attention depuis le début est celle de Dominique Castell : « El jardin del amor », 2011. Les visiteurs s’arrêtent énormément devant celle-ci et reviennent même la recontempler dans les minutes qui suivent. Dans la « chambre de Madame » tendue de soie rouge, l’artiste imagine un dispositif animé et sonore qui nous plonge dans l’intimité joyeuse et embrasée d’une rencontre amoureuse scandée par la chanson d’Ada Falcon « El jardin del amor ». Il s’agit d’une installation avec vidéoprojecteurs et rouleau de papier dessiné avec bout soufré d’allumettes. Et cette idée attire les regards. Par ailleurs, outre les carcasses de Anne Ferrer, Matthieu Nourry, fan de chevaux, a également beaucoup apprécié la pièce "Cheval Majeur" de Toni Grand. Cette dernière fait date dans l'histoire de la sculpture. Ce qui a touché l'étudiant arlésien, c'est l'anecdote que l'on raconte à propos de cette oeuvre qui dit que pour la réaliser, l’artiste a déterré son cheval préféré et a rassemblé ses côtes avec de la résine dans le seul but de lui rendre hommage. Véritablement, cette carcasse de cheval, qui vient du centre Georges Pompidou et déposée à même le sol, s’avère être on ne peut plus impressionnante.
Pour sa part, l’œuvre de Clara Perreaut « A qui la faute ? De qui prenons-nous la place ? » met en scène des animaux qui organisent un complot. L’artiste voit le grand salon comme un théâtre, « une cour de complots, de tactiques, d’intrigues. » avec des tutus, des fauteuils, un tapis byzantin, des cartouches et un ciel magnifique. Elle s’est inspirée d’ « histoires » très célèbres pour créer son œuvre. Des histoires qui sont aussi « dessinées » sur les fauteuils du Château. Il s’agit des Fables de la Fontaine. Clara Perreaut expose dans le grand salon sur le thème de la rivalité et de la contradiction entre espace et sol avec une incroyable féminité et légèreté. « J’ai eu le désir de réaliser un panorama, une petite scénographie… », avoue Clara Perreaut. Néanmoins, l’ensemble reste fragile : « Si on met un grand coup de pied dedans, tout s’effondre ! » prévient-elle. La jeune femme, qui a grandi en pleine campagne et qui vit désormais à Marseille, raconte sa fierté d’être exposée au château d’Avignon : « C’est un lieu que l’on connaît et un cadre agréable. Chaque année, de belles expos d’art contemporain y sont organisées ». De plus, celle qui expose aussi à Dijon est ravie de voir les petits adorer ce qu’elle fait : « Les plus jeunes, dès qu’ils voient des animaux, ils aiment beaucoup. Mais je dois avouer que cela reste un peu violent pour eux avec l’animal empaillé. » Et pour continuer d’amuser les enfants, la Provençale organisera cette année un atelier avec eux. Cela se passera le mercredi 10 août à 14h et cela s’intitulera « des animaux plus vrais que nature ». Ensemble, ils feront des masques en tête d’animaux recouverts de feuilles d’or. Tout un programme.
Autre curiosité : la création de Maria Loura Estevao « Le mouton de Maria », 2011. Dans l’office des domestiques, trône sur la table un grand plat circulaire au marli richement décoré, prêt à être servi. En son centre un squelette de mouton modelé en pâte d’amande, sorte de vanité sucrée proposée en dégustation. L’artiste invite donc le public à participer à sa sculpture en l’ingérant afin de l’avoir en soi. « Mange moi, ceci n’est pas un agneau… », répètait-t-elle sans cesse lors du vernissage de l'exposition qui a fait l'objet d'une performance de la part de la Portugaise. Ce moment de partage a su séduire les petits et les grands, présents pour l'occasion. Pour Maria Loura Estevao, il était important de venir travailler in situ et de s’inspirer le plus possible du lieu : "Mon travail est assurément lié à l’imagination ainsi qu’au bassin méditerranéen : tout ce qui se rapporte à la transhumance, la Camargue, les moutons mérinos, la pâte d'amande, le dessert sucré..."
Pendant le vernissage, Betka et Lavandin ont fait sensation
Au cours de la soirée de vernissage du 1er juillet, le public a assisté à une performance artistique intitulée « Non erat his locus » (traduction du latin : ce n’est pas ici le lieu). Il s’agit d’un projet de Betka Siruckova, en partenariat avec la Maison du cheval Camargue : Tel un guide, le cheval avance sereinement dans la nature du parc comme si lui et son cavalier étaient à la recherche de quelque lieu caché, pas découvert encore aux yeux d’humain. D'après elle, le but est de montrer que quoique l’on s’efforce de les connaître, les animaux resteront toujours un mystère pour nous. Devant des spectateurs absolument conquis, Lisa Guerri a monté le cheval Lavandin, s’est arrêtée devant le château et a fait un tour dans le parc. Le tout au trot et au galop. Le cheval blanc, âgé de onze ans et longtemps sauvage, portait deux inscriptions latines sur lui qui étaient réalisées par body painting autrement dit peinture à l’eau. D’un côté, eunanis= rien et de l’autre omnes= tout. La jeune fille de 25 ans, d’origine thèque et diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier, a fini ses études il y a tout juste trois semaines. Cette dernière raconte : "Depuis un bon moment, je voulais travailler sur le cheval de Camargue et le latin car cette langue morte m’intrigue." L'exposition du château d'Avignon est incontestablement l'occasion de donner une première visibilité à de jeunes artistes.
Le catalogue de l'exposition
Le catalogue de l'exposition "Si loin, si proche... Bêtes et hommes au château d'Avignon" est disponible à partir du 30 juillet. Il intègre notamment les images in situ des pièces.
Nature Study, Louise Bourgeois, 2005
Blesswild, Victoria Klotz, 2011
Allo la Terre, Klud Viktor, 2007
Molière, Joana Vasconcelos, 2011
Le Porteur de l'Esprit de la Baleine Echouée, Julie Faure-Brac, 2009
El Jardin del Amor, Dominique Castell, 2011
Autopsies Volontaires, Victoria Klotz, 2007
Le banquet, Coline Rosoux, 2008